DGESIP et DGRI dans le viseur de la Cour des comptes

La CFDT a été reçue par le directeur général de la recherche et de l'innovation (DGRI) et par le chef de service de la direction générale de l'enseignement supérieur et de l'insertion professionnelle (DGESIP) sur leurs projets de service et réorganisations.

Un rapport de la Cour des comptes au vitriol pour les deux directions

Le rapport de la Cour des comptes du 6 octobre 2025 relatif à la direction générale de l’enseignement supérieur et de l’insertion professionnelle (DGESIP), et à la direction générale de la recherche et de l’innovation (DGRI) dresse un diagnostic peu reluisant pour ces deux directions programme.

Ce rapport a fait l’objet d’un référé du premier président de la Cour au premier ministre en date du 20 novembre dans lequel la Cour présente ses principaux griefs et ses recommandations.

La Cour dénonce un fonctionnement en silo peu adapté aux enjeux des politiques publiques portées par les deux directions.

La DGESIP invitée à se repositionner sur un volet plus stratégique

Selon la Cour, l’organisation actuelle de la DGESIP et de la DGRI est datée et peu adaptée aux enjeux auxquels elles doivent faire face.

La DGESIP selon la Cour devrait procéder à une revue de ses missions afin de se recentrer sur les missions essentielles de pilotage en lien avec la contractualisation et déléguer à l’échelon déconcentré la mise en œuvre opérationnel.

La CFDT craint que ce rapport serve de caution à un  transfert massif des missions de l’administration centrale vers les services déconcentrés qui sont déjà sous l’eau et sans moyens supplémentaires.

Un rapport particulièrement sévère pour la DGRI

La Cour considère que la DGRI est sans influence réelle sur les organismes de recherche placés sous sa tutelle. Elle estime que la DGRI n’exerce pas de tutelle véritable et souligne en particulier les carences suivantes :

  • absence de pilotage de ses opérateurs (universités et organismes nationaux de recherche)
  • absence de stratégie RH et d’outils numériques adaptés
  • faible ancrage territorial qui renvoie au rôle et au positionnement des délégations régionales pour la recherche et l’innovation (DRARI)

La Cour propose le transfert des compétences de la DGRI au niveau interministériel et émet des doutes sur la portée du projet de réorganisation au regard des enjeux stratégiques qui se posent pour la recherche.

Pour la Cour, le centre de gravité de la politique de la recherche s’est déplacé au niveau interministériel en particulier depuis la création du Secrétariat général pour l’investissement (SGPI) chargé, sous l’autorité du Premier ministre, d’assurer la cohérence et le suivi de la politique d’investissement de l’État à travers le déploiement du plan France 2030. La Cour ajoute que les projets de recherche financés dans ce cadre sont pilotés par l’Agence nationale de la recherche (ANR) et au sein du MESR par les services communs DGESIP-DGRI et non par la DGRI elle même.

Selon la Cour des comptes,  la réorganisation engagée par la DGRI n’est pas de nature à permettre à cette direction d’exercer une tutelle véritable.

Matignon recadre la Cour des comptes et s’oppose au démantèlement de la DGRI !

La charge de la Cour des comptes s’apparente à une opération de démolition en règle que le premier ministre qualifie lui-même « d’inhabituelle » tant dans sa tonalité que sur le fond.

Dans sa réponse du 13 janvier 2026 au référé de la Cour des comptes, Matignon estime que le remède proposé par la Cour serait pire que le mal alors même qu’il partage une grande part du diagnostic des sages de la rue Cambon.

Selon le premier ministre, le transfert des missions de la DGRI à l’échelle interministérielle est non seulement pas pertinent mais aussi dangereux. 

Ainsi, le premier ministre s’oppose au démantèlement souhaité de la DGRI et reconnaît au passage le travail des équipes en affirmant, contrairement à la Cour, que les missions de tutelle sont bien assurées. Pour Matignon, le projet de service engagé doit renforcer le pilotage et la dimension stratégique.

Ce que la CFDT a porté lors de l’audience du 16 février avec le DGRI

La bilatérale CFDT/DGRI du 16 février avec Jean-Luc Moullet, a eu lieu la veille de la présentation du projet de réorganisation à l’ensemble des personnels de cette direction. Cette rencontre faisait suite à une première rencontre en juillet 2025 à l’initiative du DGRI.

Lors de la première rencontre, la CFDT a notamment insisté sur la nécessité de ne pas brutaliser les équipes et d’accompagner ce changement avec méthode et bienveillance, compte tenu des comportements déviants de certains managers que notre organisation syndicale a eu à connaitre et de leurs effets délétères sur les équipes encore en place.

Le DGRI a justifié son projet de service par les éléments de contexte suivants :

La CFDT a déploré le fait qu’aucun document de travail n’ait été transmis en amont de ces deux rencontres. Ces façons de faire sont peu propices à l’installation d’un climat de confiance.

Nous avons exprimé notre inquiétude sur la méthode perçue par les agents comme peu inclusive et trop verticale malgré la mise en place de groupes de travail dont les finalités restent floues.

Il faut remettre le dialogue social et le dialogue professionnel au cœur de la conduite du changement. Et ne pas confondre vitesse et précipitation !

L’esquisse du projet de service laisse présager une réorganisation d’ampleur, induisant des rattachements différents de plusieurs départements de la DGRI en son sein, des fusions de départements, des changements de dénomination de services, une intégration partielle ou totale au sein de la DGRI de certains départements des services communs DGESIP-DGRI dont le SIES qui se trouve dépecé et éparpillé façon puzzle.

Une remise en question de la raison d’être des services communs DGESIP-DGRI qui inquiète les agents relevant de ces services

L’esquisse du projet DGRI présenté à la CFDT est un changement de cap complet par rapport à la philosophie qui a présidée à la création en 2009 des services communs DGESIP-DGRI chargés notamment d’assurer une cohérence nationale et territoriale des stratégies et des politiques d’enseignement supérieur et de recherche.

Le départ récent du chef des services communs n’est sans doute pas sans lien avec les évolutions à venir.

Cette situation inquiète à juste titre les agents et soulève de nombreuses questions. Selon nos informations, au moins deux signalements sur cette situation auraient été faits dans le registre santé et sécurité au travail.

 Il n’est pas acceptable que des cadres des services communs découvrent le sort qui sera fait à leur structure sur simple présentation d’un organigramme sans autre discussion.

Pour la CFDT, l’aval de Matignon sur le principe de cette réorganisation ne signifie pas un blanc-seing pour conduire un projet de réorganisation sans concertation réelle, au pas de charge et au mépris des agents.

Ce que la CFDT a porté lors de l’audience du 28 février avec le chef de service de la DGESIP

La CFDT a été reçue le 28 février 2026 par le chef de service de la DGESIP, Benjamin Leperchey, en remplacement du DGESIP Olivier Ginez, empêché. Étaient également présents Louis Buyssens, directeur de cabinet du DGESIP et Johanna Roux, cheffe du PCAG.

L’objet de ce rendez-vous était de faire un point de l’avancement du projet de service intitulé DGESIP 2035, projet évoqué brièvement lors d’une précédente rencontre CFDT/DGESIP du 27 octobre 2025.

Le chef de service a indiqué que les groupes de travail mis en place avec une participation sur la base du volontariat ont achevé leur travaux. Ces travaux auraient permis de dégager trois axes principaux :

  • responsabiliser pour autonomiser
  • accompagner la réussite et l’insertion des étudiants
  • s’organiser pour impacter

Ces axes principaux ont été définis et travaillés en tenant nécessairement compte du rapport de la Cour des comptes du 6 octobre 2025 évoqué plus haut.

En effet, les conclusions de ce rapport ne sont en rien une surprise tant pour la DGRI que la DGESIP auditionnées et destinataires avant la publication du rapport définitif du rapport d’observations provisoires.

Le projet DGESIP 2035 selon le chef de service vise à recentrer les missions de la DGESIP sur la stratégie et le pilotage et à repositionner l’étudiant (l’usager) au cœur de la démarche.

Cette entrée usager doit selon lui s’appliquer à tous les échelons décisionnels et servir de principe directeur à partir duquel sont pensés les organisations et les outils dédiés à la politique publique de l’enseignement supérieur.

Pour la CFDT, l’objet de cette rencontre était moins la justification du projet DGESIP 2035 que le questionnement de la méthode, de l’accompagnement du changement et de l’organisation cible.

Sur la méthode : le déficit de dialogue professionnel doit être compensé de manière urgente !

La CFDT déplore l’absence de coordination entre les deux directions dans la conduite de projet.

La CFDT a déploré l’absence de coordination entre les deux directions dans la conduite de projet, alors que les projets qu’elles portent respectivement ont des impacts sur chacune d’elle et en particulier pour les agents qui exercent leurs missions au sein des services communs DGESIP-DGRI.

La CFDT souligne  le caractère inédit en administration centrale que des cadres concernés par les évolutions de leurs structures se trouvent désemparés au point d’effectuer des signalements dans le registre santé et sécurité au travail.

Cette situation est, pour les élu-es CFDT, extrêmement préoccupante et exige de revoir la conduite de projet en remettant le dialogue professionnel au cœur de la méthode. Aucun projet, aussi nécessaire soit-il, ne peut aboutir durablement sans la prise en compte de son impact sur ceux et celles qui doivent le porter et l’incarner.

A ce titre, la CFDT a demandé qu’une attention particulière soit portée sur certaines structures.

Sur le service commun DGESIP-DGRI, nous avons alerté le chef de service de la DGESIP sur le traitement de la sous-direction Territoires, sociétés et savoirs, tout simplement rayée des organigrammes cibles (DGRI et DGESIP), et sur celui du SIES ayant un statut de SSM (service statistique ministériel) qui nécessite une approche autre qu’un éclatement artificiel de ses départements, ne tenant compte ni du contenu réel des missions de chacun ni de leurs interactions.

S’agissant des structures internes de la DGESIP, la CFDT a demandé des précisions sur la situation des agents du département du dialogue stratégique contractuel dont le transfert des missions aux rectorats devrait être effectif et opérationnel dans deux ans après une période de transition déjà entamée selon nos interlocuteurs. Le chef de service a reconnu que la question du repositionnement des 13 personnes actuelles de ce département dont la cheffe et son adjoint, se posera à l’issue de la phase d’accompagnement des académies.

Ces situations sont porteuses de risque psychosocial dont l’impact sur les personnels est insuffisamment pris en compte par  la conduite de projet aussi bien côté DGESIP que DGRI.

La feuille de route pour chacune des directions doit être accompagnée d’un volet RH détaillé permettant aux agents concernés de se projeter et à leurs élu.es d’appréhender les engagements pris par l’administration afin de sécuriser les parcours des agents à terme.

Sur l’accompagnement

Le chef de service DGESIP a indiqué que la direction s’attacherait dans les prochains jours les services d’un cabinet externe dont les contours de la mission n’ont cependant pas été précisés.

Il est à noter que 40% des agents (144) ont participé aux différents groupes de travail de la première phase – la volonté d’associer les agents aux évolutions envisagées est donc manifeste côté DGESIP.  Toutefois, nous considérons qu’il n’est pas anodin pour les managers de vivre la disparition de leurs missions ou l’éclatement de leurs structures et d’avoir dans le même temps à assurer l’accompagnement de leurs équipes sans y avoir été préparés eux-mêmes.

La  CFDT identifie l’accompagnement des « managers accompagnants » comme point important de la conduite du changement.

Pour la CFDT le passage en CSA envisagé au printemps ne peut se faire sans une étude d’impact précise concernant les agents de la DGESIP et DGRI pour lesquels les missions et les rattachements hiérarchiques sont impactés par ces projets de direction et sans mesures d’accompagnement concrètes pour chaque agent.

Sur l’atterrissage

Le chef de la DGESIP a reconnu que l’atterrissage dépendra en partie des conclusions des travaux des 8 groupes de travail pilotés par des « préfigurateurs » et portant sur les thématiques dégagées à partir des travaux de la première phase de consultation (octobre à décembre 2025).

Pour la CFDT, l’ambition affichée sur le papier par les deux projets de service, consistant à intégrer une dimension stratégique dans leur activité à partir d’une redéfinition de la place et du rôle de chaque échelon de décision, nécessite de se laisser du temps pour articuler les transitions, sécuriser les processus et susciter l’adhésion.